SOURCES: Dikalo.
10 ans après la concession de la Régifercam, les employés reversés à Camrail réclament le règlement de leurs droits à pension, soit environ 29 milliards Fcfa. Où est passé l’argent prévu pour la circonstance ? Des années après les privatisations et concessions des anciennes entreprises publiques, de nombreux problèmes d’ordre organisationnels et structurels ne cessent de mettre en émoi l’actualité socioéconomique du Cameroun. Au-delà des critiques décriant fermement la gestion souvent thésaurisatrice des nouveaux acquéreurs, la mauvaise gouvernance chronique et les détournements récurrents, fragilisent la crédibilité de l’Etat. Dans cette gestion souvent chaotique fermement remise en cause par les institutions internationales, les commissions techniques chargées de gérer le processus de privatisation règnent en toute impunité au grand dam des valeurs éthiques et du respect des droits fondamentaux.
Dans ce tohu-bohu gestationnel propre au Cameroun qui indexe dans le cadre d’espèce l’ex-Régifercam, des menaces de paralysie totale des différents axes ferroviaires sèment la confusion. Cette situation sur le fil de rasoir augure pour la Camrail, les nombreux voyageurs et l’économie globale camerounaise qui en découle, un manque à gagner conséquent de plusieurs milliards de francs.
Griefs
La mise en concession de la Régifercam au profit de Camrail en 1996, marque le début des ennuis pour les grévistes, ex employés de la Régie Nationale des Chemins de Fer du Cameroun reversés à Camrail. Le processus de transfert de compétence entamé en Janvier 1996 et ayant abouti à la signature d’une « convention de concession de l’activité des chemins de fer » à la Bolloré Africa Logistics, s’est avéré en marge des procédures officielles, lacunaire pour près de 603 travailleurs.
En effet, ces agents ayant œuvré régulièrement pour l’ex-Régifercam s’insurgent contre une violation évidente et intolérable du régime de leur pension. Avant la mise en concession de la société de transport ferroviaire, l’Etat s’était engagé dans le protocole d’accord relatif au traitement du volet social du 11 Décembre 1998, à sauvegarder les droits de Retraite des personnels actifs et retraités relevant du statut particulier (identique à celui de la fonction publique) par la création d’un fonds de pension spécial. Or contre toute attente, malgré des dispositions définissant et protégeant succinctement le régime de pension des travailleurs de l’ex-Régifercam, ces derniers ont constaté la perte de leurs droits à pension.
Le remboursement de leurs cotisations lors du paiement de leurs droits a été une procédure qui abrogeait dans son ossature, les applications du décret 74 / 759 du 26 Août 1974 portant organisation des pensions civiles dans plusieurs de ces articles. La somme de 2 milliards et demi sur la vingt huit milliards de Francs CFA à rembourser, leur a été versé. Ce qui a poussé désormais les concernés à réclamer soit le reversement de leur régime de pension au fichier solde de l’Etat au même titre que leur collègue partis en retraite avant la concession, soit un rachat de pension estimé sur une période de 30 ans s’élevant à 28 022 770 000 Fcfa.
Démarches vaines
Face à ce vice procédural d’un droit qui leur est pourtant légitime, les 603 agents de l’ex-RNCFC se sont constitués en association afin de réclamer la réparation de ce préjudice. A cet effet, dans l’optique de parvenir à un arrangement à l’amiable en dépit du refus de la commission technique de Privatisation à souscrire à leur doléance, ces derniers ont épuisé les voies de recours ordinaires. En moins de deux ans, en plus de la multiplication des rencontres et concertations, de nombreux courriers ont été adressés tantôt au Chef de l’Etat, au Premier ministre, aux ministres des Transports, du Travail et de la Sécurité Sociale, à l’Agence Française de Développement ou à la Direction de la Camrail, dans le but de trouver une solution pacifique. Malgré un courrier de la société Camrail requérant l’arbitrage du ministre des Finances afin de régler cette situation, rien n’a été fait.
Dans cette lancée, le ministre du Travail en 2007 a également adressé un courrier à son homologue de l’Economie et des Finances de l’époque, soulignant le caractère dolosif et violateur du remboursement des cotisations pour pensions aux personnels du Statut particulier de l’ex-Régifercam reversés à la Camrail. Tout en précisant dans ce courrier la violation du Décret présidentiel N° 74/759 du 26 Août 1974 portant régime des pensions civiles en ses articles 5, 6 et 37, Robert Nkili nécessitait de la part de son collègue, soit une prise en charge des revendicateurs par le Budget de l’Etat ou le rachat de pension en guise de solution. Or malgré cette énième missive, la démarche s’est montrée vaine.
Grève
Face à l’atrophie gouvernementale à solutionner ce problème fortement dommageable, l’Association des Agents de l’Ex-Régifercam s’est réunie d’abord le 13 mars et entend fixer une ultime rencontre le 26 mars dans le but final d’officialiser un mouvement d’humeur. Dans une action généralisée qui entend immobiliser les flux migratoires du transport ferroviaire sur l’ensemble du territoire, l’association entend passer à la vitesse supérieure jusqu’à ce qu’une issue positive soit trouvée. « Nous sommes des techniciens chevronnés et nous maîtrisons les méthodes de fonctionnement des trains et de camrail. Il nous suffirait d’obstruer un seul secteur du réseau ferroviaire pour engendrer un arrêt systématique.
Au vu de l’ampleur de l’incidence que cela suscitera, nous sommes convaincus qu’on nous prendra enfin au sérieux. » Explique calmement un membre actif de l’association. « Notre transfert à camrail n’émanait pas d’une sanction qui annulait nos droits à pension déjà acquis. Nous avons exploré toutes les voies pacifiques possibles, désormais, quoi qu’il advienne à moins d’une solution efficiente avant notre date buttoir, nous allons agir et aucune manœuvre dilatoire ne viendra nous faire changer d’avis dans une situation qui a déjà trop duré.»